C’est la rentrée !
Qui dit rentrée, dit rentrée littéraire… Un événement ambivalent, à la fois attendu et décrié. Cette année, plus de 450 romans paraissent de la mi-août à la fin du mois de septembre. En tant que libraire, j’adore ce moment de l’année. J’adore le préparer dès le mois de juin. Les éditeurs nous invitent à découvrir leurs nouveautés et leurs grands enjeux autour d’un petit-déjeuner ou d’un buffet. Ils ont des étoiles dans les yeux à chaque texte évoqué, et on ressort avec une pile à lire. Malgré le côté gigantesque de la chose (et les frustrations à venir car on ne peut pas tout lire), la rentrée littéraire est l’un des événements qui me rappellent pourquoi j’aime tant ce métier. Pour les étoiles dans les yeux des éditeurs. Pour le plaisir de dénicher des talents inconnus, d’entendre des voix singulières.
Parallèlement, la rentrée littéraire est problématique et effrayante. L’afflux constant des nouveautés tout au long de l’année et l’incapacité du marché à tout absorber rendent l’événement à la fois cruel et aberrant. Cruel pour tous ces auteur-ices talenteux-euses qui ne seront pas ou peu lu-es. Aberrant dans une économie qui, on le sait, a besoin de freiner, doit en finir avec l’objectif constant de croissance. Une alternative serait-elle possible ? De nombreuses maisons d’édition que j’affectionne (Philippe Rey, Zulma) en font déjà le pari, en ne publiant que deux ou trois titres à la rentrée. Ils libèrent ainsi de l’espace et du temps pour défendre chaque texte.
La fermeture de la Librairie Dinali.


Vous l’avez vu, lu, entendu : le monde du livre va mal. En 2025, on dénombrait plus de fermetures que d’ouvertures de librairies, et la tendance n’est pas partie pour s’inverser en 2026. La librairie Dinali dans laquelle je travaillais fait partie de cette liste malheureuse. J’ai perdu mon emploi à la fin du mois de juillet. Je ne m’en rends pas encore véritablement compte, car j’ai enchaîné avec les vacances, et j’ai beaucoup de travail avec mes projets d’écriture. Mais c’est un crève-cœur que de voir ce lieu que je chérissais fermer ses portes.
Cela faisait trois ans que j’avais rejoint l’équipe Dinali. Trois ans de merveilleuses rencontres, avec une équipe en or. Trois ans à échanger autour des littératures. Je n’ai cessé d’apprendre, de découvrir, de jouer aux devinettes (« je cherche un livre à la couverture jaune », « le nom de l’auteur commence par un A », « vous l’aviez sur cette table il y a trois mois »), de chercher des astuces et de ranger (on ne peut pas repousser les murs ni agrandir les tables par magie). J’y ai vécu ma première grossesse, j’ai lié des amitiés, j’y ai animé des ateliers d’écriture, j’ai présenté mon premier roman, j’ai rencontré des artistes talentueux-ses. J’ai les larmes aux yeux en écrivant tout ça, je vais m’arrêter avant de pleurer (encore). Mais j’ai envie de conclure par un immense…
🧡 MERCI. Jennifer. Annaelle. Laurie. Gabrielle. Nelly. Manuela. Aline. Marjorie. Thierry. Lucie. Arthur. Pascaline. Evangeline. Camille. Elodie. Françoise. Natacha. Juliette. Tiffany. Nesibe. Lucie. Léon. Apolline. Touria. Ludivine. Renaud. Claire. Clara. Julie. Minh. Anaïs. Anselmo. Ninon. Amina. Tania. Thibault. Fiona. Yann. Quentin. Pascal. Olivier. Mohamed. Jean-Yves. Delphine. Gaëlle. Et toutes celles et ceux que j’oublie. MERCI 🧡
Une librairie indépendante qui ferme, c’est un deuil à porter pour une communauté entière, c’est une perte immense pour la culture, et c’est une défaite face aux dangers de la pensée unique. Une librairie indépendante qui ferme, c’est un rempart en moins face aux fascismes. Chaque librairie a son univers, inspiré par ses libraires certes, mais pas que. Les clients deviennent des membres à part entière du lieu, les échanges en nourrissent l’âme. Je n’ai qu’une manière de conclure : soutenez les indépendants, achetez et commandez vos livres chez eux !
Le long du Rhin à vélo.

À notre retour du Maroc en 2022, mon compagnon et moi avons repris à fond le vélo. Strasbourg, déjà pionnière dans le domaine, avait encore amélioré le quotidien des cyclistes (contrairement à Casablanca, où je n’ai pas eu le courage de Simon de monter à vélo). Grâce à la cagnotte de notre mariage, on s’est offert des Riverside 500 chez Decathlon : ils sont devenus nos fidèles destriers ! Avec l’arrivée de notre fille dans la famille, ils ont été mis de côté pendant un temps. Lorsqu’Alma a fêté ses neuf mois en janvier dernier, on a installé une carriole. Au printemps, on lui a monté un siège arrière, et maintenant, elle peut choisir entre les deux. On a retrouvé le bonheur de se déplacer en pédalant. Je devrais même dire que ce bonheur s’est transformé : avec Alma, tout est nouveau, tout prend une autre tournure.
Cet été, pour nos vacances à trois, on s’est lancés un défi : longer le Rhin à vélo en suivant l’EuroVelo 15 et dormir sous la tente dans des campings le long de l’itinéraire. Enfin, d’itinéraire, nous n’en avions pas vraiment. Nous faisions le point au jour le jour, en fonction de la forme de chacun-e, de la route, des villages et des possibilités alentours. Au départ, on pensait aller jusqu’au lac de Constance et revenir en train. Finalement, on a fait demi-tour vers Bâle, pour justement éviter d’avoir à prendre le train.
Avant le départ, on a fait nos emplettes au Decathlon pour s’équiper de sacoches arrière et avant, ainsi que de gourdes à accrocher au cadre. La carriole est très pratique : on a pu glisser la tente dans le coffre. Pendant que Simon gérait les révisions des plaquettes de frein, je m’attelais à la préparation des sacs. Il fallait voyager léger ! Quatre t-shirts par personne, deux shorts, deux pantalons, des sous-vêtements et des chaussettes : surtout, rien de superflu (on savait qu’on pourrait laver le linge au camping durant la semaine). Les vêtements de Bébéchou ne prennent pas de place. Ses couches, ses biberons et sa boîte de lait, un peu plus. Il lui fallait aussi des jouets et des livres pour qu’elle joue dans sa carriole.
Du côté des repas, comme on n’est pas encore très équipés et que c’était l’été, on a emmené un couteau et quelques ustensiles. On alternait entre les pique-niques (tomates cerise, myrtilles, framboises, fraises, pain frais, fromage et charcuterie – je peux vous dire que du côté allemand, on s’est régalés) et les restaurants (pour des repas plus copieux et du gras : avec ce qu’on pédalait, on en avait envie et besoin!). On a vécu une semaine incroyable. Au grand air non-stop, pour une distance de 364 kilomètres en tout (et sans assistance électrique). Finalement, le plus compliqué, c’était le moment de la douche ! Les campings sont idéaux pour des vacances en famille à bien des égards, mais ils manquent d’équipement pour accueillir des bébés. Pas de table à langer, il fallait se débrouiller pour changer la puce, et pour la laver, c’était plus sportif qu’une journée à vélo…
En comptant le logement dans les campings, la nourriture entre pique-niques et restaurants, les réparations du vélo et les petits plaisirs, le coût total du périple s’élève à 808 euros. Des vacances locales et économiques ! On ne rattrapera pas de sitôt notre bilan carbone rendu catastrophique par nos nombreux trajets en avion, mais on sait comment se faire plaisir à l’avenir en continuant sur cette lancée. Pour les prochaines fois, on aimerait investir dans du matériel pour cuisiner davantage, et il nous faudra notamment un réchaud. On va aussi devoir s’équiper pour les météos moins clémentes, histoire de pouvoir partir même s’il pleut, à d’autres moments de l’année.








Mon actualité

La sortie du tome 2 approche ⌛. Rendez-vous durant le mois de septembre pour de jolies surprises, sur les réseaux et dans votre boîte mail 🌟 !
La rentrée littéraire : mes retours de lecture

Jeanine Cummins, Parle-moi de chez nous, aux éditions Philippe Rey. Ce roman est une réconciliation avec l’île de Puerto Rico, qui permet la réconciliation avec la mère. Une fresque familiale et historique réussie, animée par trois générations de femmes inoubliables.
⭐⭐⭐⭐⭐
« Elle comprenait de mieux en mieux ce lieu, juste assez étranger pour constituer une aventure et malgré tout assez familier pour qu’elle s’y sente chez elle. Quelle que soit l’opinion de sa mère, Daisy savait que c’était de Porto Rico qu’elle avait toujours été amoureuse. Elle s’y sentait plus vivante. »
Vagabondes, de Joséphine Tassy, aux éditions de L’Iconoclaste. Une longue lettre, deux temporalités. Des fragments de vie qui s’assemblent. Trois amis, qu’on suit de l’adolescence à la trentaine. L’amour sous toutes ses formes, l’amour dans toute sa puissance créatrice et destructrice.
⭐⭐⭐
« Ma Blue, l’amour peut être source de plaisir, de joie, de bonheur, et de transformation. Pour t’ouvrir le chemin jusqu’à cet amour-là, j’irai sonder au fond de ma mémoire et t’écrirai les mots qui m’ont manqué. »


Le bureau des audacieuses de Mélanie Sadler, aux éditions La Tribu. Un excellent roman historique, qui nous fait découvrir Séverine la frondeuse. Une femme qui jamais ne trahit ses idéaux. Une journaliste à la détermination de fer, qui sait manier l’humour et l’esprit, à une période abjecte pour notre sexe.
⭐⭐⭐⭐⭐
« Ce matin, La Fronde est au milieu de la presse du jour, elle se veut sérieuse et respectable, habillant comme les autres quotidiens les tables les plus en vue de Paris. »
À voix haute, de Polina Panassenko, aux éditions de L’Olivier. De la Russie à la France puis de la France à la Russie, la narratrice nous écrit sa vie entre deux cultures. Avec beaucoup de finesse, elle met le doigt sur le rôle de la mémoire, sur les fantômes du passé qui hantent le présent.
⭐⭐⭐⭐
« Parce qu’il y a les vivants qui naissent, il y a les vivants qui meurent. Et puis il y a les morts qui naissent dans la vie des vivants. Les morts dont on ignorait l’existence et qui un jour apparaissent dans la nôtre après des années passées à l’orée de l’invisible. »


Un marché noir de Bérénice Pichat, aux éditions Les Avrils. Deux trajectoires qui ne sont pas héroïques, deux innocences déchues par l’âpreté de la vie, par la violence de la guerre. Un roman sensible et documenté, qui nous met face aux contradictions et aux compromissions de l’Histoire.
⭐⭐⭐⭐⭐
« Elle apprend. À chaque fois, elle s’est sentie vraiment là. Tellement vivante. Tellement libre. Il serait faux de dire qu’elle n’a plus peur – mais l’exaltation l’emporte. »
Eskera au bord du monde, de Bérengère Cournut, aux éditions Le Tripode. Un voyage onirique et métaphysique. Il faut lâcher prise et accepter la main tendue par l’enfant-esprit pour se laisser emporter à la rencontre des Kawésqar, un peuple originel de la Patagonie occidentale.
⭐⭐⭐
« Une lune après l’autre, tandis que mon corps parcourt des plages, des criques, des rivages bordés de forêts, tandis qu’il s’éreinte à escalader des falaises et des îlots, dans la seule compagnie des oiseaux de mer et des crabes, quelque chose de mes anciens compagnons résonne sans cesse en moi. »


La dernière des Wilberforce de Julia Kerninon, aux éditions de L’Iconoclaste. Dès les premières pages, j’ai été happée par le souffle romanesque de ce roman. Cependant, comme pour Liv Maria, ce n’est pas un coup de cœur. Il y a peut-être quelque chose de trop chirurgical, de trop parfait, dans l’écriture ?
⭐⭐⭐
« Combien d’heures loin de soi est-ce qu’on devait passer dans une vie ? Ce n’était pas l’effort qui l’inquiétait, mais la sensation de dépossession, de n’avoir jamais le temps de reprendre sa respiration, d’être constamment en train de performer un rôle. »
Le défi littéraire du mois
Merci aux participant-es du premier défi littéraire ! Voici leurs recommandations de lecture pour l’été :

Le choix d’Arthur

Le choix de Lucie

Le choix d’Alison
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