Newsletter d’août 2026.

Alors que nous sommes en vacances en Ardèche, dans le village où vivent mes beaux-parents, couchés sur le dos, en sueur sur notre lit, mon compagnon me fait la remarque suivante : « c’est la première fois qu’on a tellement chaud, non ? ». Oui. Les étés ardéchois que j’ai connus, depuis plus de dix ans que j’ai la chance de voyager en famille dans ce coin de paradis niché dans les montagnes, ont toujours été chauds. Mais les soirs, nous enfilions la fameuse « petite laine ». Le pull n’était jamais de trop, j’enfilais parfois un pantalon. Et la nuit, je me couvrais d’un drap.

Cet été, Bébéchou est en couche-culotte et sue malgré tout. Et encore, nous ne sommes pas à plaindre : la chaleur est supportable, ce n’est pas la canicule, nous sommes en hauteur. Quand on parle à Jean-Claude et Thibault, deux éleveurs amis de la famille, on mesure l’ampleur des problèmes. Les brebis restent à l’étable : elles n’ont plus rien à manger. Tout est sec. Ce ne serait pas si préoccupant si ce n’était pas si tôt dans l’été.

Chacun, chacune, a son lot d’anecdotes. La phrase « avant, ce n’était pas si chaud », nous l’entendons, la prononçons, la répétons. On se projette, on essaie de se souvenir. Tout comme en hiver, quand on se revoit durant l’enfance jouer aux batailles de boules de neige ou glisser sur nos luges chez les grands-parents. Quelle part de notre cerveau enjolive ces souvenirs ? À quel point sommes-nous capables, dans nos corps et nos cœurs, de nous remémorer fidèlement des météos passées ?

Source : Météo France, « Comment le climat de la France a-t-il évolué depuis 1900 ? »

De ce que je lis dans les rapports de Météo France, et rien qu’avec le graphique que je vous insère ci-dessus, je peux conclure que, si notre mémoire est subjective et imparfaite, elle n’en reste pas moins l’expression d’une vérité inquiétante.

« La température moyenne dans l’Hexagone et la Corse n’a cessé d’augmenter depuis 1900. Cette évolution, d’abord lente puis spectaculaire à partir des années 1980, bouleverse les saisons, amplifie les phénomènes extrêmes, modifie durablement les paysages et perturbe les écosystèmes. »

« Depuis les années 1980, les hivers sont plus doux, les étés plus longs et plus chauds et les glaciers reculent rapidement dans les Alpes et les Pyrénées. »

Cet été, les canicules et les mégafeux nous ouvrent les yeux. Nous devons arrêter d’être dans le déni. Grâce à la récolte et au traitement de données de Météo France, il est possible de constituer une mémoire climatique nationale. Je trouve ce concept fascinant. Il recoupe les autres mémoires nationales, nous permet de comprendre les évolutions des cultures, de la nature et des activités humaines. Grâce aux derniers travaux des climatologues synthétisés par Climat HD, des messages clés et des graphiques peuvent être tirés pour mesurer les impacts et orienter les politiques publiques. Nous devons agir, nous avons des moyens mis à disposition par des scientifiques et des spécialistes. Continuons à développer notre volonté, à réfléchir ensemble à des solutions.


Comment le désert est devenu une source d’inspiration pour ma trilogie

Au Festival du Livre de Colmar en novembre 2025.

Cet été, quand on me demande comment je supporte la chaleur, j’avoue ne pas être la bonne personne pour répondre. Je suis frileuse. Née au dernier jour de l’hiver, j’aime plus que tout la saison estivale. Le soleil sur ma peau. Les soirées qui semblent éternelles. Les légumes du soleil, les fruits sucrés et juteux. La chair de poule en sortant de l’eau, la peau rapidement brûlante à nouveau, les allers retours à se baigner et lire sur la serviette. Je rêvais de quitter mon Alsace pour le sud. Le sud avait un goût d’idéal, il l’a toujours. J’ai appris l’italien et l’arabe, étudié à Rome pour mon Erasmus, et les étés, dès que j’ai pu, je suis allée en Égypte, au Togo, en Jordanie avant de finir au Maroc pour quelques années. Ma rencontre avec le désert – ou plutôt les déserts, tant ce lieu est pluriel et varié selon la géographie – a été une révélation. Son immensité, ses couleurs, sa rudesse. Le désert est et restera incontrôlable. Les nuits y sont aussi rudes que les jours. Le vent peut cruellement attaquer en projetant des grains abrasifs sur nos peaux. On est peu de chose, on n’est rien du tout. Sans parler de la beauté des ciels étoilés…

Tout cela a nourri mon inspiration. Pour finalement donner naissance à mon histoire. Celle de deux jeunes femmes qui éprouvent la chaleur et la rudesse du désert, un désert que je me suis approprié et qui m’échappe à la fois. Sans parler de la figure du djinn. Cet être-esprit fascinant et effrayant, fruit ou vecteur de mirages. Le djinn s’est imposé comme un antagoniste ambivalent, et je me suis amusée à le détourner au féminin. Les djinnes blanches et les djinns noirs sont des créations de mon imagination, qui elle-même s’est nourrie de mes expériences, de mon amour pour les cultures arabo-musulmanes. Je ne sais expliquer cette dichotomie : pourquoi, dans mon histoire, le féminin est devenu blanc et le masculin noir. Le blanc et le noir ne prennent pas le même sens selon les cultures. Pour certains, l’un incarne le deuil et l’autre l’espoir. Pour d’autres, c’est l’inverse.


Mon actualité

Avec la sortie du tome 2 qui approche, je vous réserve des surprises… En attendant, retrouvez-moi à la fin du mois d’août à la Librairie La Lanterne, à Illkirch, pour une séance de dédicaces de mon premier roman.


Changement climatique et littérature : mes recommandations

Jean Hegland, Dans la forêt, aux éditions Gallmeister. Le propos est plus que jamais actuel tant le destin de ces deux sœurs, isolées dans une forêt californienne suite à un cataclysme, nous semble de plus en plus probable. Nous suivons leur survie grâce aux notes prises quotidiennement par l’une des sœurs. La forêt est un personnage à part entière, tantôt bienveillant, tantôt ambivalent. La suite, Le Temps d’après, parue cette année en poche, continue de nous interroger sur notre rapport à la nature et aux autres.

Outresable, puis Outredune de Hugh Howey, chez Babel. C’est LA dystopie haletante qui nous étouffe à chaque paragraphe. Le sable recouvre entièrement la terre. On suit les membres d’une même famille, dont certains sont des plongeurs. Ils s’enfoncent dans le sable à la recherche d’artefacts du passé. L’eau, forcément, est un enjeu prioritaire. Les difficultés économiques et les problématiques sociales sont exacerbées. Immersion totale garantie.

Dors ton sommeil de brute de Carole Martinez, chez Folio. Un étrange phénomène frappe les enfants. Ils rêvent ensemble, et ce rêve les pousse à commettre des actes de plus en plus inquiétants et dangereux durant leur sommeil. Grâce au réalisme magique, l’autrice relie l’avenir – les générations futures – à la Terre. Nous blessons nos enfants en détruisant la planète. La relation entre la mère et la fille est particulièrement touchante.

Je m’aperçois en clôturant la rubrique que dans chacun de ces trois romans, les liens familiaux sont au premier rang de l’intrigue. Rapport à la Terre, rapport à la famille, rapport aux racines… Comment on traite la terre nourricière, la terre de nos ancêtre, la terre de nos enfants… Ce n’est pas un hasard, si ces thématiques s’imbriquent autant.


Le défi littéraire du mois

Pour clore la newsletter, je vous propose une nouvelle rubrique avec le défi littéraire du mois. L’idée : vous faire passer du côté des chroniqueur.euses. Dans chaque newsletter, vous pourrez participer en répondant en commentaire ou en m’envoyant un mail à l’adresse alexandrazins19@gmail.com. Vous figurerez ainsi dans la newsletter du mois suivant !

En août, je vous propose de choisir LA lecture parfaite pour l’été 🌞! Vous pouvez simplement m’envoyer le titre. Pour les plus inspiré.es, n’hésitez pas à écrire quelques mots, voire même à m’envoyer une photo du roman sélectionné. Je partagerai toutes vos idées avec joie et découvrirai peut-être ma prochaine lecture grâce à vous.


🐞 🐜Prenez soin de vous, de vos proches, et de notre Terre 🐝🐛 !


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