L’orage de l’humanité, violent et cyclique ⛈️

Je quitte Becky, Margaret, Félix et Cal après 500 pages à leurs côtés. Je les ai vus grandir, mûrir, vieillir. Tâtonner, se tromper, recommencer. Chacun m’a émue et agacée. Quand viendra l’orage est un roman qui nous accompagne, qu’on retrouve avec joie le soir. Qui, à travers ces quatre destins, questionne le vivre-ensemble.

« Voilà, songea-t-elle, l’insupportable solitude du mensonge : on est seul quand on ment, seul avec son mensonge, et seul quand essaie de le défaire. »

Tout commence à Bonhommie, dans les années 1940s. Les États-Unis ne sont pas encore entrés en guerre, mais les combats qui font rage en Europe et dans le Pacifique vont bientôt les rattraper. La guerre, même si elle n’est pas le sujet principal, sera un fil conducteur du récit, triste miroir de nos vies comme nous le constatons quotidiennement avec les conflits actuels en Iran et au Proche-Orient.

« Le début des années 1950 fut un eldorado pour les ambitieux et les privilégiés. Les affaires fleurirent pour les grosses entreprises déjà florissantes, elles furent moyennes pour les entreprises plus modestes qui espéraient fleurir, et quant à celles qui ne fleurissaient pas et n’avaient aucun espoir de le faire, eh bien, c’est pour elles qu’on avait inventé le Rêve américain. »

Cal est né avec une jambe plus courte. À cause de cette infirmité, il ne peut s’engager dans l’armée. Il le vivra toute sa vie comme une honte. J’avais envie de le secouer, de lui crier dessus : bon sang, Cal, le problème ce n’est pas toi, c’est ceux qui se battent ! Tu as une chance inouïe de ne pas partir à la guerre, ne gâche pas ta vie à te morfondre et à culpabiliser. Mais c’est toute sa personnalité qui en sera malheureusement imprégnée… Heureusement, sa route croise celle de Becky. Elle est ce qu’on appellerait aujourd’hui une psychopompe. Les âmes des défunts lui parlent depuis l’entre-monde. Pendant la guerre, elle ouvre son salon gratuitement et tente d’apporter son aide et son réconfort à ceux qui ont perdu un proche. Ses dons l’éloignent petit à petit de Cal, son époux et amoureux.

Félix a un corps robuste et un esprit brillant : il sera appelé sous les drapeaux. Une partie de lui mourra dans les eaux du Pacifique, sous le feu des atrocités. Mais un autre combat le ronge depuis sa jeunesse. Il aime les hommes, et aux États-Unis dans les années 1940s, on ne peut être homosexuel. Alors il épouse la belle Margaret… Cette dernière a été déposée bébé devant un orphelinat avec un mot de sa mère avouant qu’elle ne pouvait prendre soin d’elle. Déterminée et habile, la jeune fille s’extrait de son milieu, rencontre le beau Félix lorsqu’elle part à la grande ville, et n’avouera à personne qu’on l’a abandonnée à la naissance. Elle qui rêve d’une vie amoureuse passionnée déchante : Félix est poli, courtois en toutes circonstances, mais quelque chose chez elle doit le gêner, autrement, comment expliquer qu’il ait tant de mal dans leur intimité ?

« Et au milieu de tout ça, il y avait les enfants. Avec tous ces déchirements, comment allaient-ils ? Les parents du monde entier – qu’ils soient heureux ou misérables, ou entre les deux – se demandent tous les soirs, Comment vont les enfants ? Prennent-ils les bonnes décisions ? Leur vie sera-t-elle meilleure que la nôtre ? Sans oublier la question qui condense toutes les autres : Nous aiment-ils ? »

Dans le tumulte des orages intérieurs et extérieurs, un secret liera ces quatre destinées. Les mensonges pourriront leurs relations, et on lit tout le mal qu’on peut faire à autrui en se mentant à soi-même. Quatre vies, c’est une multitude de sujets abordés. L’amour. La parentalité. La maternité non-voulue. Le deuil. L’homophobie. Le racisme systémique. L’époque va de la Seconde Guerre mondiale à la guerre du Vietnam, en passant par les assassinats de Kennedy et Martin Luther King dans les années 1960s. Un cycle de violence qui rappelle notre époque. L’éternel recommencement. Et comment nous les humains nous essayons de nous dépatouiller dans tout ça, avec nos vies, nos valeurs et nos moyens.

Un roman que je vous conseille vivement 💛. Chronique rédigée dans le cadre d’un partenariat non rémunéré avec Gleeph et les éditions Belfond.


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