Pour avoir fumé une cigarette, la narratrice déclenche l’hydre de sa mère. Âgée de 17 ans, elle est contrainte de présenter un certificat de virginité… En partant de cet épisode lourd et traumatisant, Rim Battal écrit la violence des injonctions sociétales et familiales. L’hymen intact est sacralisé, outil suprême de domination masculine, réduction extrême du corps de la femme. Les violences subies sont intégrées, reproduites. À la lecture, on se demande : la violence n’engendre-t-elle que la violence ? Le mensonge est-il la seule issue ? Peut-on s’échapper du cercle vicieux ? Comment ne pas la reproduire, comment se soigner ? Il serait présomptueux de juger nos aînés sans y prendre garde.
Un texte court et intense qui se lit d’une traite et nous interroge.
« La violence de ma mère est le résultat d’une violence plus grande qu’elle ignore avec application, qu’elle n’est pas prête à regarder en face de peur de s’écrouler, de couler à jamais. Ma mère est déformée par tout un monde maintenu dans l’injustice par un patriarcat imbu de lui-même, un capitalisme égoïste et sourd qui nous mène justement vers un putain d’iceberg. D’autres femmes qu’elle s’en sortent parce qu’elles sont plus nanties, s’en sortent parce qu’elles écrasent, la ferment ou parce que d’autres soucis leur sont épargnés pendant que d’autres soupirent et c’est tout, parce qu’elles n’ont pas la personnalité forte de ma mère, son feu qui jamais ne s’éteint.
Ma mère est déformée parce qu’elle enrage de ce plafond de verre et de ces murs de verre contre lesquels elle s’est cognée toute sa vie. Je ne suis pas plus en dehors de cet aquarium qu’elle mais moi, maintenant, j’ai perdu cette virginité du regard, j’ai les outils, j’ai un peu de savoir et de théorie – grâce à ma mère, grâce à sa ténacité : je sais où nous sommes, je sais les mots aujourd’hui, les concepts ; les mots et les concepts sont mes armes et mon armure. On peut dire ce qu’on veut du féminisme, mais tous les jours, c’est ce qui me permet de me réveiller le matin, de croire qu’un jour je serai traitée, moi, femme, comme un être humain.Je sais qui je suis, je sais ce que je vaux, je peux me défendre.
On ne me la fera pas à l’envers. »

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