Le sport dans la littérature : toujours un sujet que j’aime et qui n’est pas si souvent abordé. Dans Rouge tendresse, Sylvie Pérenne nous embarque dans l’univers de la boxe avec Sylviane, une héroïne à laquelle je me suis beaucoup attachée. Cette dernière a la trentaine passée quand elle se lance dans ce monde hyper masculin.
« Le corps apaisé remerciait d’être en vie, l’esprit submergé d’hormones souriait au monde entier, empuissanté de l’avoir fait. D’avoir réussi. D’être du bon côté : celui des gagnants. Des courageux, des méritants. Des musclés. À la salle, Sylviane se sentait devenir féline, masculine. Forte et fluide. À l’opposé de la femme fragile qui dormait, lovée dans sa poitrine : celle qui voyait arriver la quarantaine, les cheveux blancs, la cellulite et la fatigue. La date de péremption. Célibataire, sans enfant. Peut-être jamais maman. Celle qui avait demandé au coach, en arrivant à la salle, s’il n’y avait pas d’atelier pour les femmes. Si elle devait vraiment soulever les mêmes poids que les gars. Il avait ri, découvrant ses dents blanches dans son visage de nuit : « Ici, pas de femmes ni de gars. Que des boxeurs. Tu te démerdes. »
C’est un texte qu’on n’a pas envie de lâcher. La sueur, l’adrénaline, le doute, le dépassement de soi, le sentiment d’imposture, la persévérance, la douleur, les mots durs du coach dans les oreilles. Tout se mélange, on ressent tout très fort au côté de Sylviane.
« – Je me souviens de ça: les endorphines après l’entraînement, la fierté tranquille, la certitude d’être quelqu’un… C’est ça que tu veux dire ?
– Exactement ! Quand je sors de la salle, je me sens bien. Normale. Forte, même. Et j’ai l’impression que tout est possible, ou presque.
– Mais oui! a fait Mira, une main devant sa bouche pleine. Ça dope, en fait. Mais je suis sûre qu’au fond, ça construit.
– Ça construit quoi, tu penses ?
Elle a pris le temps d’avaler avant de répondre :
– L’estime de soi, j’imagine. L’aplomb, le courage d’être soi, quelque chose comme ça… »
Quel rapport entretenir avec son corps ? Un corps changeant, un corps vieillissant, qui, qu’il soit féminin ou masculin, s’avère souvent plus puissant qu’on ne le soupçonnait. La pratique sportive, bien qu’addictive, est cruelle : l’horloge biologique égrène son tic tac. La compétition est rude, alors comment rester compétitif face aux corps jeunes et frais ? Heureusement, il y a l’entraide, le partage de la souffrance, les tapes dans le dos et les encouragements. Et puis, comme le dit mon papa : le foot/sport, c’est l’école de la vie.
« À quarante ans, une femme n’a plus la jeunesse gracile des stars de cinéma. Ni la silhouette fuselée des grandes sportives ni la taille des jeunes filles. Pourquoi ne nous apprend-on pas la beauté femme ? La plénitude du fruit mûr, la splendeur généreuse qui s’assume ? Le charme des douceurs tranquilles, des étés indiens, des nuages gris, des joies et des peines écrites sur les figures et les mains ? La discrète majesté de celles qui ont traversé la vie ?
Soupir. »
Car tout au long du roman, je ne pouvais m’empêcher de projeter et questionner ma pratique du foot, notamment à long terme. Après la grossesse, jouer ne sera plus tout à fait comme avant, je l’ai compris dès la reprise. Et il y a si peu de références médicales… je me sens parfois seule face à ce nouveau challenge. Certaines athlètes témoignent, mais les sources manquent côté amateur. Alors, comme tout défi sportif, je l’affronterai, et telle Sylviane, je renfile les baskets, déterminée à jouer coûte que coûte (jamais sans cette fichue boule au ventre malgré les années).
Gros coup de cœur pour ce roman, découvert grâce à Thibault de la librairie Carpe Diem à Munster, qui se passe en plus dans la vallée !

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