Pour ce second ouvrage de ma rubrique consacrée à la rentrée littéraire 2024, j’ai décidé de publier une chronique un peu particulière, tournée vers mon besoin d’exprimer mon ressenti, ma peur et ma tristesse.
Alors que beaucoup s’enferment dans le repli sur soi et la haine de l’autre en France, lire ce livre de Gaël Faye m’a été d’autant plus douloureux. Il m’a rappelé qu’on croit toujours que c’est l’autre, que c’est l’ailleurs, que c’est le passé. La violence qui grossit tel un cancer, qui macère et suinte dans tous les pans de la société, jusqu’à atteindre son paroxysme. Le massacre. Le génocide.
« Le médecin recommence avec ses questions. Il voudrait qu’elle parle, il veut comprendre ce qui a provoqué son état.
Elle n’ose rien dire. Elle vient d’une histoire qui lui a appris à ravaler ses émotions, à faire couler ses larmes dans son ventre. Le médecin insiste, Stella se claquemure. Le cœur est un secret. Comment confier à cet homme que c’est à cause de l’arbre? De son arbre.
Son ami, son enfance, son univers.
Son jacaranda. »
Ce roman questionne le traumatisme transgénérationnel et la réconciliation au Rwanda. Je ne pouvais m’empêcher d’y projeter la France. J’ai pleuré. Parce que le texte de Gaël Faye est excellent (comme tout ce qu’il écrit, compose ou chante). Parce que j’y voyais une prémonition. Chaque peuple, chaque pays, chaque ethnie, chaque religion, chaque communauté, bref chaque groupement humain porte en lui le terreau qui peut mener au pire.
« Tu sais, l’indicible ce n’est pas la violence du génocide, c’est la force des survivants à poursuivre leur existence malgré tout. »
Encore des décennies comme ça, et le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme s’aggraveront. Jusqu’à donner quoi ? Arrêtons de fermer les yeux. Arrêtons d’être aveugle. On connaît tous la réponse.
« Tu sais ce que je leur reproche le plus, à tous ces gens ? C’est d’avoir créé, et pour longtemps encore, une société de défiance. »
Ce roman émouvant, doux, sensible, terriblement triste et profondément humain sortira le 14 août 2024 aux éditions Grasset.
« – On célèbre quoi, au juste ? j’ai demandé.
– Rien ! On fait des stocks de fêtes, au cas où. On rafistole nos foutues jeunesses gaspillées !
J’observais les gamins s’amuser comme on se venge de tout – des enfances gâchées, des bagarres de rue, des coups de couteau et de machette, des nuits à dormir dehors, des overdoses de colle à sniffer, des familles décimées, de la misère crasse, de l’alcool frelaté, des viols, des maladies, de l’indifférence ou de la pitié des honnêtes gens. Ce soir-là, les enfants se tressaient des lauriers, chantaient leurs propres louanges, étaient princes et princesses en leur Palais. Toute leur énergie tendue vers la joie simple d’être en vie. »

Répondre à Jacaranda – Ma collection de livres Annuler la réponse.