Une pépite de poésie, le portrait d’une femme inoubliable.

Un rêve de fleurs jaunes se révèle à Andoun lorsque, enfant, elle refuse de travailler dans les champs d’arachides qui bordent son village. Ce rêve se manifeste à chaque période charnière de sa vie, se déploie, tantôt lumineux, tantôt venimeux, comme un guide métaphysique. En laissant ce rêve la guider, Andoun refuse de devenir la jeune fille qu’on attend qu’elle devienne. Son destin, elle le façonne. Elle s’éloigne de la norme, se montre rebelle. Lorsqu’elle tombe enceinte d’un homme sur qui elle ne peut pas compter, elle mûrit d’un coup. Son rêve se met à briller pour deux. Quoi qu’il en coûte, Andoun prend soin de sa fille.

« Anne-Marie n’était pas faite pour les vies sans lumière. Elle n’était pas faite pour les chemins tracés, et devenir la femme d’un poissonnier était un chemin qu’elle n’était certainement pas prête à emprunter. Peut-être que les autres pouvaient accepter de perdre très jeune les étoiles dans leurs yeux. Peut-être que les autres s’en suffisaient, pensait-elle en se levant du lit. Elle, elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait plus. Cette vie allait l’étouffer, s’encourageait-elle en nouant son pagne et accrochant Freya dans son dos. Elle suffoquait déjà. Elle allait se noyer, comme les autres, ses belles-sœurs, ses tantes, ses belles-mères, toutes ces femmes-poissons qui ne se rendaient plus compte qu’elles pourrissaient lentement au soleil. Des femmes qui s’étaient prises dans les mailles du filet et n’avaient pas encore compris que c’était trop tard, que leur fin était proche, qu’elles finiraient vendues, troquées, emprisonnées dans les étals-maisons des poissonniers alcooliques. »

Du village de Kyokon à Douala jusqu’à Paris, Andoun sera Anne-Marie puis Coco. Une jeune mère célibataire, courageuse et résiliente. La vie ne lui facilite rien. Sa famille, sa société camerounaise ne lui facilitent rien. L’exil et l’intolérance en France ne lui facilitent rien. Mais Andoun n’abandonne pas. Les fleurs jaunes tapissent son cœur, illuminent ses espoirs, même aux heures les plus sombres.

« Parce qu’il faut bien vivre,

Nous supplierons la terre

De nous soigner.

Nous supplierons nos sœurs

De prier pour notre salut.

Et dans nos rires,

Nos cris,

Dans le bruit des pieds,

Qui viendront faire hurler le sol,

Et dans nos tentatives désespérées

De s’enraciner,

Fleurira la guérison. »

Dans Et, refleurir, j’ai découvert le portrait d’une femme, d’une mère, déterminée à défendre farouchement sa liberté et sa fille. « Ma chérie, ma fille, moi je travaille, toi tu réussis ! Chacune sa mission, d’accord ? Je peux compter sur toi ? ». Défiant les mœurs de l’époque, assumant ses choix, ravalant ses larmes, Andoun m’a émue, m’a donné des frissons. Dans Et, refleurir, j’ai découvert le talent poétique de Kiyémis. Une plume délicate, des textes forts, des mots qui m’ont happée, du début à la fin. Une artiste à suivre !

« Demain au soir,

Les femmes-océans découvriront,

Que, non, finalement,

Elles n’ont pas chaviré,

Que, oui, malgré les larmes,

Depuis toujours,

Elles savent nager. »

Une réponse à « Une pépite de poésie, le portrait d’une femme inoubliable. »

  1. […] avec ma première grossesse…), que j’ai retrouvée dans les merveilleux romans de Kiyémis avec Et, refleurir 🌻 🇨🇲 et de Carole Martinez avec Dors ton sommeil de brute […]

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