Le monde des ascenseurs au cœur d’un roman : brillant.

Lila Mae Watson travaille dans le Service d’inspection des ascenseurs. Première femme noire à exercer ce poste, passionnée et méticuleuse, elle se dévoue entièrement à son emploi. Lorsqu’un ascenseur contrôlé par ses soins s’écrase à quelques semaines des élections de la Guilde, elle devient la suspecte parfaite. Mais Lila Mae ne se trompe jamais, elle le sait, elle ne peut être la responsable. Elle mène donc l’enquête pour comprendre la vérité.

« – Les ascenseurs, on les aime petit à petit, répond-elle. C’est comme avec les gens. On ne sait jamais à l’avance qui on va aimer. »

Au fil du récit, on en apprend plus sur cette jeune femme secrète venue d’un Etat du Sud qui se bat quotidiennement contre les préjugés et les injustices de sa société. Derrière le masque de façade qu’elle a dû se façonner, on devine une personne attachante, douée pour se protéger et flairer le danger.

« Elle habite un quartier d’honnêtes travailleurs, où chaque fois qu’on jette ses déchets dans les poubelles collectives, on remet le couvercle, parce que c’est comme ça qu’on fait dans ce pays qui les a accueillis. Ici, rien n’est comme dans les îles chéries qu’ils ont quittées. Eux qui ont dû empaqueter toute leur existence dans quelques pauvres sacs fatigués comme pour les offrir en sacrifice à leur nouvelle patrie dont ils espéraient une vie meilleure. Ils se couchent tôt parce que ici il faut travailler dur pour s’en sortir. Enfin, c’est ce qu’on leur a dit. »

Faire du monde des ascenseurs le cœur d’un roman, dans un pays qui s’imagine à la verticale, qui s’érige vers le ciel, avec ses buildings toujours plus hauts et son besoin incessant de grandeur, c’est brillant. C’est Colson Whitehead. Ce roman, publié avant les succès de Underground Railroad et Nickel Boys, est plus léger, mais l’auteur y interroge déjà l’invisibilisation de la communauté noire et la violence du racisme systémique. Le monde des ascenseurs n’échappe à aucun vice humain, corrompu jusqu’à la moelle, objet de guéguerres ridicules entre chapelles (intuitionnistes versus empiristes).

« Les ascenseurs standards des immeubles d’habitation sont conçus pour accueillir douze passagers, tous supposés de taille et de corpulence moyennes. Là est l’erreur. Le nombre 12 ne prend pas en compte les personnes atteintes d’obésité morbide, ni les congrès d’hommes sveltes, pour lesquels lesdits hommes sveltes ont besoin d’un moyen de locomotion rapide. Nous nous conformons aux objets, nous abdiquons devant eux. Il faut renverser cette tendance. Ce sont les échecs qui sous-tendent l’évolution ; la perfection ne suscite aucun désir d’amélioration, et rien n’est parfait. Rien de ce que nous créons ne fonctionne comme il le devrait. »

Comme chaque ouvrage que nous propose Colson Whitehead, L’intuitionniste interroge. Une nécessité pour que l’humanité avance, à condition bien sûr que nous soyons capables d’apprendre de ce miroir tendu par l’auteur…

2 réponses à « Le monde des ascenseurs au cœur d’un roman : brillant. »

  1. Je l’ai vu passer sans m’attarder dessus mais ce monde des ascenseur me tente surtout qu’il semble permettre de retrouver des sujets sociétaux importants.

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    1. Complètement ! L’auteur profite de ce cadre pour traiter des sujets sociétaux importants, avec talent comme à chaque fois.

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