Lydia est libraire à Acapulco. Son monde bascule quand des membres du cartel Los Jardineros tuent tous les membres de sa famille réunis à l’occasion du quinzième anniversaire de sa nièce. Lydia et son fils Luca échappent au massacre, mais elle sait que La Lechuza, le chef du cartel, se lancera à leur poursuite. Commence alors leur périple vers el norte.
Lydia et Luca deviennent des fugitifs. Pour survivre, ils s’interrogent : peuvent-ils faire confiance aux personnes qu’ils croisent dans leur fuite ? Ils doivent avancer, partir, tout quitter, tout laisser derrière eux. Ils traversent le Mexique, rencontrent des destins ravagés par la violence. La peur est leur moteur.
« Avec leurs sacs à dos bourrés : ils sont bel et bien des migrants. Et ce simple constat, plus que toutes les nouvelles réalités pénibles de son quotidien, lui coupe le souffle. Toute sa vie elle a plaint ces pauvres gens. Elle a donné de l’argent. Elle s’est interrogée, avec cette sorte de fascination de l’élite douillettement installée, sur l’extrême dureté de leur vie qui les obligeait à considérer, d’où qu’ils viennent, qu’ils n’avaient pas de meilleure solution. Comment ils en arrivaient à quitter leurs maisons, leur culture, leurs familles, leur langue même, et à risquer les pires dangers, leur existence, pour éventuellement réaliser leur rêve de pays lointains qui ne veulent même pas d’eux. »
Ce roman est un coup de cœur absolu et une lecture nécessaire. Avec Lydia et Luca, mais aussi Soledad et Rebeca, El Coyote et Beto, Jeanine Cummins rend leur humanité aux migrants que notre époque déshumanise. Derrière chaque individu qui risque sa vie, elle nous rappelle qu’il y a des destinées et des drames. Le livre prend la forme d’un roman à suspense, avec ce cartel aux trousses qu’on a peur de croiser à chaque coin de rue. L’écriture est immersive, j’étais avec Lydia et Luca, j’ai sauté sur la Bestia, j’ai tremblé et manqué de sommeil dans les refuges, j’ai cru suffoquer dans le désert. Mais à la fin de ma lecture, j’ai culpabilisé.
Car ce roman m’a giflée, en me rappelant que je me suis trop habituée à ces flux de personnes qui traversent la Méditerranée, tentent de rejoindre les Etats-Unis, traversent des déserts et paient des passeurs véreux. J’ai eu honte, et j’ai réalisé que ces deux émotions, la culpabilité et la honte, étaient primordiales. Jeanne Cummins m’a touchée sur tous les aspects ; à moi de transformer ma lecture, pour ne surtout jamais oublier que le drame des migrants nous concerne tous.
J’ai tellement aimé Lydia et Luca, le courage de chacun, leur amour, leur fusion, leur évolution, guidée par le fantôme de Sebastian, le mari et père assassiné. Rarement une relation mère-fils m’avait autant touchée auparavant.
« Luca saute. Et chaque molécule dans le corps de Lydia saute avec lui. Cette chose, cette si petite chose ramassée, ses muscles et ses os, sa peau et ses cheveux, ses pensées, ses mots et ses idées, l’immensité de son âme même, c’est tout cela qu’elle voit au moment où son corps échappe à la sécurité du pont et s’envole, juste quelques secondes, d’abord vers le haut, si grand est l’effort, jusqu’à ce que la pesanteur s’en saisisse et le projette vers le toit de la Bestia. Lydia le suit des yeux, des yeux si agrandis par la peur qu’ils lui sont presque sortis de la tête. Ensuite il atterrit à quatre pattes comme un chat, la vélocité de son saut affronte la vélocité du train, et il roule sur lui-même, une jambe s’échappe vers le rebord du toit, l’entraînant avec elle, et Lydia essaie de hurler son nom, mais sa voix s’est cassée et s’éteint et puis l’un des migrants l’attrape. »
Lisez-le, et parlez de ce livre autour de vous. Souvenez-vous que les migrants sont des gens comme vous et moi. Ils ont eu la malchance d’être nés au mauvais endroit au mauvais moment.
« En écoutant Rebeca lui révéler ces quelques bribes d’histoires qu’elle connaît, Luca commence à comprendre que, si tous les migrants partagent une chose, c’est la solidarité qui existe entre eux, bien qu’ils viennent de pays différents, que leurs situations sociales soient différentes, qu’ils soient urbains ou ruraux, pauvres ou bourgeois, cultivés ou illettrés. Hondurien, Salvadorien, Guatémaltèque, Mexicain, Indien, chacun apporte ses histoires de souffrance sur le toit du train et jusqu’à el norte. Certains, comme Rebeca, sont prêts à les livrer avec une précaution sélective à une oreille compatissante, psalmodiant les mots comme des prières. D’autres ressemblent à des grenades dégoupillées, exposant leurs angoisses à n’importe qui, distribuant leur douleur comme des shrapnels avec l’espoir qu’un jour, au réveil, ils s’apercevront qu’elle est moins lourde à porter. Luca se demande ce qu’on peut ressentir quand on explose de cette façon. Mais, pour le moment, il ne le fait, ne lâche rien des horreurs dont il a été témoin. Elles demeurent enfouies au plus profond de lui-même, et la goupille de la grenade reste bien en place. »

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