Drôle, émouvant souvent caustique.

Si vous cherchez un livre attendrissant, avec ce qu’il faut d’humour, et des personnages aussi inoubliables que dans Le petit Nicolas, foncez lire Une année chez les Français.

L’histoire se passe en 1970. On y suit Mehdi, dix ans, envoyé au lycée Lyautey de Casablanca, loin de Beni-Mellal et de son village dans l’Atlas. Sa timidité et son imagination lui jouent bien des tours, il se sent souvent seul et perdu dans cet univers étrange et parfois trop jugeant. Mais petit à petit, Mehdi apprivoise les lieux, les professeurs, les camarades et les surveillants. Il se découvre, par la même occasion.

C’est drôle, émouvant, souvent caustique. C’est aussi très juste. Derrière l’humour ou la gêne de certaines situations, on interroge le comportement des Français, le rôle de cette institution éducative qui perpétue une forme voilée de domination après la décolonisation. Fouad Laroui a du flair et du talent.

« Quand il arriva à « on ne voit que des larmes », il revint à lui, émerveillé par ce qui venait de se passer. Un démon s’était-il emparé de lui ? (Pourtant, il ne croyait pas aux djinns qu’évoquait parfois sa mère qu’on ne trouve ni dans Jules Verne ni chez la Comtesse. Et entre sa mère et la Comtesse…). Sabine Armand ne l’avait pas interrompu une seule fois. Elle applaudit de bon cœur et s’exclama :

– Mais c’était très bien ! Tu dois encore travailler la gestuelle et apprendre à mieux respirer mais tu as du talent, c’est indéniable.

Du talent ? Mais ce n’était pas lui, c’était l’autre, le démon ! Lui, tel qu’il était là, debout devant cette jeune femme qui le complimentait, le rouge aux joues, il n’était qu’un imposteur. Il se mordit la langue jusqu’au sang. Tout de même, mystificateur ou non, il avait une question à poser. Il leva un doigt hésitant.

– Oui, Mehdi ? Tu veux demander quelque chose ?

– M’dame… C’est qui, les Maures ? »

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