Rentrée littéraire d’hiver : Un premier roman émouvant et pudique 🇲🇦 👑

Mama Abla, la grand-mère de Layal, la narratrice, va bientôt mourir. Les femmes de la famille se recueillent autour d’elle, dans la précieuse maison tangéroise. Les souvenirs d’enfance affluent et viennent combattre la tristesse de cette période suspendue. Jusqu’à la découverte d’un secret de famille bouleversant… Ce titre, Le soleil se lève deux fois, je le trouvais déjà magnifique avant d’entamer ma lecture. Il a pris tout son sens à la fin, ce qui a provoqué mes larmes.

Dans la première partie, Layal nous présente les femmes de sa vie. Mama Abla, bien sûr, mais aussi sa mère et sa tante, deux sœurs fusionnelles qui, malgré tout l’amour qu’elle leur porte, lui font regretter depuis l’enfance son statut de fille unique. En rangeant la chambre de sa grand-mère, Layal va tomber sur une photo. Un secret qui ouvre la seconde partie du roman.

« Au fond, j’étais juste une petite fille triste qui n’avait jamais pardonné à la vie de l’avoir faite seule au monde. L’obligeant, vingt-cinq années plus tard, à affronter la perte de l’être le plus cher en étant, encore et toujours, seule.

Mon enthousiasme se dissipa comme il était venu et je m’empressai d’éteindre les lumières pour que Rim ne remarque pas les larmes qui allaient déferler sur mes joues. Je me sentais ridicule. Ma grand-mère était mourante, je n’avais plus de vie sociale depuis presque trois mois, ma maison allait peut-être m’être confisquée, et je me retrouvais à céder à des caprices, projetant une vie d’intimité sur une femme que je connaissais depuis même pas deux mois, et qui était payée pour être là. Elle aurait éclaté de rire, Rim, si elle avait su ce qui me passait par la tête. »

Derrière ce roman délicat et pudique, Soundouss Chraïbi évoque les injustices dont sont victimes les femmes. L’héritage bafoué. Le corps et les désirs à cacher. L’homme à servir avant tout. Mais face à toutes ces injustices et toutes ces injonctions, les femmes rusent depuis toujours. À l’image de Mama Abla, qui organise de grandes réceptions chaque mercredi après-midi dans son salon, où la sororité côtoie la rivalité, où les rêves et les ambitions peuvent s’exprimer. J’étais forcément émue par la relation entre Layal et sa grand-mère, moi qui étais si proche de ma Mamie… Ma grand-mère aussi, à son époque, a dû louvoyer pour s’émanciper. Elle aussi, à sa façon, s’était barricadée derrière une forte personnalité.

L’héritage le plus puissant de Mama Abla n’est pas financier. Ce n’est même pas cette maison tangéroise qu’elle affectionne tant. Non, son héritage, ce sont ses filles et sa petite-fille. Elle a planté en elles, consciemment et inconsciemment, des graines de liberté. Tout comme ma grand-mère à l’époque, qui a nous a transmis tant de force à ma mère, ma sœur et moi.

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