L’absurdité et l’horreur de la guerre. Les chairs meurtries, la santé mentale en péril. Les familles, les amours, les amitiés déchirées. Le cycle de la violence qui recommence, encore et encore, peu importe l’époque, peu importe le lieu. Voilà comment j’ai ressenti ma lecture. Ce livre m’a fait mal. J’ai souffert au côté de Simo, Toivo, Onni, Pietari, Leena. Face à la violence meurtrière de l’ennemi russe. L’ogre rouge qui sacrifie ses propres soldats pour une gloire mortifère. Staline à l’époque, Poutine aujourd’hui. Et face à ces chefs sanguinaires pour qui ne compte que la victoire, déshumanisés depuis longtemps, des peuples se soulèvent pour résister. La Finlande et ses Guerriers de l’Hiver en 1939. L’Ukraine depuis 4 ans déjà. À quand la fin ?
« Staline leur avait promis une guerre facile et courte, contre un ennemi qu’ils devaient écraser en deux semaines. L’erreur de stratégie avait été monumentale, car en ces promesses, il y avait la certitude d’un triomphe, et dans les toutes premières lettres des soldats rouges, le serment d’un retour au pays. « Nous ne ferons qu’une bouchée de la Finlande, et si je n’arrive pas en premier sur le front, j’ignore même si j’aurai la chance de tirer une seule cartouche. » « L’attente ne sera pas longue avant de te tenir dans mes bras. » « Je rentrerai avec la victoire. » « Deux semaines, pas plus, ils nous l’ont promis. »
Mais un mois plus tard, à l’approche de Noël, les premiers doutes commençaient à s’installer dans les lignes. Et c’est à cause de ces lettres, ces simples morceaux de papier qui pesaient lourd comme du plomb dans leur cœur qu’ils se trouvaient paralysés au moment de l’attaque, lorsque sous les rafales, ils devaient sortir des tranchées. Comment courir vers la mort lorsqu’on a juré de revenir ? »
Un roman historique réussi, qui résonne tristement avec l’actualité. En écrivant ces derniers mots, ce « qui résonne tristement avec l’actualité », je sais que je parle dans le vide, que je répète inutilement une phrase toute faite. Et c’est d’autant plus triste… Puisque l’Histoire se répète, à défaut de nous avertir, la littérature rend au moins hommage aux êtres humains derrière les chiffres, les souffrances et les faits d’armes.
« De retour aux limites du camp, dépassant les derniers arbres avant l’orée, Simo cria le mot de passe du jour. Réchauffé et nourri, il rendit la carte à Juutilainen qui l’observa en silence. Deux croix rouges avaient été entourées. Elles signifiaient deux snipers russes en moins. D’autres avaient été ajoutées, bien plus nombreuses, et chacune d’elles représentait les corps des soldats finlandais à récupérer. Un calque fut tracé et transmis aux lieutenants des 4° et 5° compagnies pour qu’une de leurs équipes aille les récupérer dans la nuit, ainsi l’on pourrait continuer fièrement de dire que l’armée blanche ne laissait jamais personne derrière elle.
La chose pouvait sembler audacieuse ou suicidaire, dérisoire peut-être, mais le respect qu’ils montraient à leurs morts suffisait à les éloigner du gouffre. Au fond de celui-ci, la folie menaçait, et les monstres hurlaient de les rejoindre, et ces monstres portaient leurs visages. Il n’y avait qu’un pas à faire. Chaque jour les en rapprochait et rendait plus irrépressible l’envie d’y sombrer. Comme une fascination. Tuer deviendrait une habitude, et leur âme enfin damnée, tout serait supportable. »

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