Face à la dystopie qui se joue Outre-Atlantique… une autrice visionnaire.

Je découvre enfin cette autrice afro-américaine de SF… et quelle claque ! Octavia E. Butler a écrit son roman post-apocalyptique dans les années 1990s. Visionnaire (malheureusement pour nous), elle projette l’effondrement des États-Unis autour de nos années, à la suite de l’élection d’un président rétrograde et fasciste qui provoque le basculement définitif d’une situation déjà invivable écologiquement et socialement. Les gens se barricadent derrière des murs et des barbelés, possèdent tous des armes à feu pour lutter contre les drogués et les pillards.

Nous suivons Lauren, une jeune femme noire, fille d’un pasteur baptiste au rôle primordial dans la communauté. Lauren tient un journal, de 2024 à 2027, dans lequel elle nous raconte son quotidien. Un quotidien absolument abominable, où le pire de notre espèce ressort constamment. En le lisant, on est rongés par la peur (d’autant plus avec la dystopie qui se joue sous nos yeux Outre-Atlantique…).

Mais Lauren est porteuse d’espoir. Victime d’un syndrome d’hyper-empathie, elle sait déceler la bonté chez autrui. Elle remet en question la religion de son père, au point de se mettre à rédiger ses propres textes spirituels dans un recueil qu’elle baptise « Semence de la Terre : Le Livre des vivants ».

Ce livre difficile et percutant plaira aux adeptes de Sur la route de McCarthy et The Last of Us (sans les zombies). Alors qu’on pourrait se dire « chacun pour soi », il y a de l’espoir. Un espoir qu’il faut semer et travailler comme la Terre. Un espoir qu’il faut nourrir et abreuver pour qu’il foisonne. L’héroïne, ses proches, puis tous ceux qui la rejoignent sur les routes, malgré la méfiance et la violence, insufflent de l’humanité dans ce monde déshumanisé.

Octavia E. Butler voulait certainement garder la foi. Comment faire renaître une société de ses cendres ? Comment insuffler de l’humanité dans un monde déshumanisé ? Par l’entraide et la solidarité. Des leçons à prendre avant que la situation ne bascule dramatiquement et définitivement…

« Plus personne ici ne croit aux politiciens et à leurs discours. Ils n’ont jamais cessé de nous promettre le bien-être et la sécurité. Pour les dirigeants de ce pays, le programme spatial est une vitrine. Ohé, nous, les Américains, on est capables d’aller sur Mars, on peut créer des colonies spatiales, on est toujours une grande et belle et entreprenante nation.

Ouais.

On n’est plus une nation ni rien depuis belle lurette, mais je suis heureuse qu’on soit encore dans l’espace. Quand on vit dans une fosse septique, on peut rêver d’habiter le ciel, non ? »